Retrouvez ci-dessous les textes des dictées des années précédentes.

Recherche une dictée désespérément…

Au Nunavut, j’ai fantasmé à gogo sur cette gageure*: faire un jour une dictée sans aucune faute! Que de notions j’ai sues par cœur comme les collocations, les labiodentales et les accords si sibyllins? Que de thésaurus* j’ai compulsés! Et comme l’hypallage et la catachrèse, que je me suis empressée d’emmagasiner, m’ont passionnée! Un professeur dont j’ai colligé les cours m’avait initiée au français, moi qui parlais l’inuktitut. Qu’il soit béni, car je me suis engouée de cette marotte.

Vivant en France présentement, je recherche une épreuve nonpareille. Bien que mon ordinateur m’ait permis de surfer à l’envi sur le web et quoi que j’aie pu trouver sur wiki, point de ces concours congruents! Quelque exhaustifs qu’aient paru les sites ciblés sur ce thème, des amalgames se sont produits et il m’a fallu dissocier la dictée de Prosper Mérimée, si récurrente, des textes des Dicos d’or* arrêtés net il y a une décennie. Le révéré Pivot* a surgi, puis un lien m’a conduite à Sommant* et, ô miracle!, la dictée ECE, manne bienvenue, s’est affichée. Eurêka! Bravo! Grâce soit rendue à la sérendipité!

Et me voici aujourd’hui dans cet amphithéâtre avec au cou le grigri* kitsch* acquis par les Inuits, mes parents, dans une kermesse invraisemblable. Me repaissant d’un bel et fol espoir, je suis déterminée à triompher des quasi-guets-apens cérébraux de la dictée de l’ECE. Ensuite, à moi la zénitude!

©Texte établi par Line SOMMANT

•On acceptera gageure ou gageüre.

•On acceptera thésaurus ou thesaurus.

•On acceptera gri-gri, gris-gris ou grigri ; kitsch ou kitch.

•On acceptera zénitude ou zenitude.

La fête de la dictée

Ce jeudi-là, les férus de l’orthographe s’étaient pressés en nombre. Comme dans un gymkhana ébouriffant, ils avaient effectué des zigzags abracadabrants dans Paris et avaient enfin atteint ce sacro-saint* amphithéâtre. Quoique certains aient passé quelque temps à s’enlivrer, une angoisse indicible s’était logée dans leur for intérieur. D’aucuns s’étaient dit que des antisèches mèneraient à la réussite, mais des surveillants, faisant office de garde-fous verticaux, avaient veillé au grain, de quoi ambiancer l’après-midi. Quand les brouhahas eurent cessé, l’orateur réquisitionné ânonna le texte sans toutefois en épeler le moindre mot. Ce fut un parcours tortu. Tous se seraient crus alors sur une route où l’on vainc sans trêve des fondrières fangeuses et des nids-de-poule.

Quand ils furent sortis de l’épreuve, tels des hurluberlus hébétés, on les eût pris pour des timbrés.
Certains s’étaient sentis souffrir d’une cyphose, d’autres d’une tendinite. Après avoir bu à tire-larigot* des sodas variés, ils s’étaient amusés à évoquer la sémantique, différenciant peu les fariboles des calembredaines, les billevesées des coquecigrues. Pour que vînt l’instant du palmarès, on dut exiger le silence tant le charivari battait son plein.

À la fin, la championne de la session se hâta pour recevoir des éloges dithyrambiques. Poussant des ouf de soulagement, presque en anhélant, elle avoua qu’elle s’était exercée sans relâche pour atteindre l’acmé de sa vie.

© Texte établi par Line SOMMANT

* On acceptera aussi sacrosaint (rectifications de 1990 figurant dans le PLI 2014).
* On acceptera aussi à tirelarigot (rectifications de 1990 figurant dans le PLI 2014).

Les mots soulignés dans le texte correspondent aux dix mots de l’opération « Dis-moi dix mots », organisée par la DGLFLF.

À la recherche des mots envolés

Quelle mission atypique, France, rescapée à demi indemne d’un périple au Kazakhstan, s’était-elle vu confier ! Son rédacteur en chef l’avait chargée d’enquêter sur l’exil des mots français. Lesquels avaient essaimé de-ci de-là en Europe et ailleurs? Sans son équipe, elle s’était lancée dans cette mission inopinée et, quoique cette odyssée de polyglotte l’enthousiasmât in petto, elle dut user de son savoir-faire pour débusquer objectivement ces hoirs de notre langue.

De l’époque moyenâgeuse à l’ère du Roi-Soleil, des Lumières au belliqueux Napoléon, l’histoire française avait provoqué, dans d’autres contrées, des coups de foudre sociolinguistiques uniques. Ici, des bouquets de mots avaient batifolé, puis s’étaient immiscés comme des plants qui se seraient enracinés et auraient crû tels quels. Là, des pays s’étaient fait fort d’assaisonner leurs étymologies à la mode des lieux, cachet oblige !

Ainsi, dans les restaurants chics de l’Eire* gaélique trônaient l’omelette et le sorbet. Sur beaucoup de menus européens s’étaient imposés les saint-honorés*, les moelleuses profiteroles, la raclette ou les papillotes. Quant à la béchamel, elle avait nappé plus d’un lexique! Et les Bulgares avaient fait mainmise sur notre polygone pour désigner l’estomac!

De même, nos us et coutumes, quelque saugrenus qu’on les qualifiât, avaient légué les rendez-vous et les prêts-à-porter, les tête-à-tête et les vis-à-vis, les laisser-faire et les laissez-passer…

« Voilà, conclut France, comment cet invraisemblable atelier muséal qu’est l’Europe protège notre langue ! »

* On acceptera Éire ou Eire.
* On acceptera des saint-honoré ou des saint-honorés.
© Texte établi par Line Sommant

Lettre de Montréal de Charles à ses parents

Montréal, fin octobre 2011

Chers parents,

Vous vous êtes interrogés à l’envi pour savoir si je m’accoutumerais à la Belle Province. Soyez rassurés ! Quoique le temps ait vite passé, tel un songe, des élites à l’âme généreuse se sont chargées, avec des cologarithmes et des hypoténuses, d’enrichir mes acquis encore succincts. Mais inutile de s’appesantir davantage là-dessus. Ma colocation, elle, s’est bien déroulée et, quoi qu’on en dise, je suis devenu le chum tout naturel de Brigitte, une fille sans histoire et un vrai caractère. Je lui ai écrit des bouts-rimés qui l’ont émue. Et, comme je ne garroche pas mon argent par les fenêtres, fussent-elles des bow-windows raffinés, je me suis gardé d’offrir à ma dulcinée des bébelles*, car elle abhorre les cadeaux quétaines.

Autrement, mon estomac a récupéré du décalage culinaire. Je me découvre un penchant pour la soupe aux gourganes. Ici, ils raffolent des goberges assaisonnées et des relishs variées avec les hamburgers : super !

Lors de l’été indien, nous avons fait du canoë-kayak*, puis nous nous sommes évachés au bord d’un lac. Nous attendons la neige pour tester d’autres moyens de transport : la motoneige, le bobsleigh… À propos, on m’a confié qu’en hiver, chez certains habitants, les congères couvrent entièrement les oriels des maisons qu’ont bâties leurs aïeux. À voir !

J’espère que vous décrypterez les québécismes ad hoc de ma lettre. Et ne cherchez pas des bébêtes partout : tout va bien ! Priez simplement que j’aie la pêche pour Halloween*, car c’est moi le sorcier…

Bienvenue !

Charles

© Texte établi par Line Sommant.

* On acceptera bébelles ou bebelles.
* On acceptera canoë-kayak ou canoé-kayak.
* On acceptera Halloween ou halloween.